Comprendre les héritages invisibles pour dépasser les blocages professionnels
Comment l’exploration du systeme famillial permet de lever des freins inconscients dans la sphère professionelle
Longtemps considérée comme marginale, la psychogénéalogie s’impose aujourd’hui comme une approche complémentaire dans l’accompagnement du développement personnel et professionnel. Fondée sur l’idée que les traumatismes, les non-dits et les conflits familiaux peuvent se transmettre de génération en génération, cette discipline offre des clés de compréhension précieuses pour décrypter certains blocages persistants au travail : difficultés relationnelles, échecs récurrents, perte de sens, plafonds de verre, stress chronique ou encore conflits d’autorité.
Ivan, 46 ans est Ingénieur et souffre d’instabilité professionnelle. Il n’arrive pas à se maintenir plus de 2 ans au sein d’une même structure tout en évoluant. Il y a toujours quelque chose qui fait que le contrat s’arrête. Ces répétitions vont l’amener à entreprendre un travail avec une psychogénéalogue pour comprendre…
Dans un contexte professionnel marqué par des exigences accrues de performance, d’adaptabilité et d’engagement, la psychogénéalogie permet d’éclairer les mécanismes invisibles qui influencent les comportements, les choix de carrière et la posture professionnelle.
Que les traumatismes, non-dits ou conflits d’une famille pouvaient se transmettre à la génération suivante était, au départ, controversée. Pourtant, blocages, accidents, échecs professionnels ou affectifs… toutes ces « crises de passage » exprimées soit par un « j’en ai marre » soit par un « les choses se répètent » poussent les individus à enclencher un processus de recherches psychogénéalogiques. Aussi contestée qu’ambitieuse, cette discipline propose de guérir nos blessures en cherchant leurs origines dans la vie de nos aïeux, avec, à la clé, la possibilité de découvertes stupéfiantes.

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1/Quand les shémas familiaux impactent la vie professionnelle
De nombreuses problématiques rencontrées dans le monde du travail trouvent parfois leurs racines bien au-delà de l’histoire individuelle. La répétition de certaines situations professionnelles — difficultés à s’affirmer, blocages dans l’évolution de carrière, conflits hiérarchiques, peur de l’échec ou de la réussite — peut s’inscrire dans une mémoire familiale transgénérationnelle.
Exemples de problématiques professionnelles fréquemment observées :
- Difficulté chronique à s’autoriser à réussir ou à accéder à des postes à responsabilité.
- Peur inconsciente de dépasser un parent ou un grand-parent socialement.
- Rapport conflictuel à l’autorité ou à la hiérarchie.
- Sentiment de ne jamais être à la hauteur malgré des compétences solides (syndrome de l’imposteur).
- Instabilité professionnelle, changements fréquents de poste sans satisfaction durable.
- Difficulté à poser des limites, surcharge de travail, surinvestissement professionnel.
Ces blocages peuvent être reliés à des loyautés familiales invisibles, à des traumatismes anciens ou à des événements non résolus dans l’histoire de la lignée.

2/Étude de cas : lever un blocage d’autorité
Marie, 49 ans, infirmière anesthésiste, souffrait depuis de nombreuses années d’une relation difficile à l’autorité. Dans son environnement professionnel, les consignes hiérarchiques déclenchaient chez elle des réactions émotionnelles intenses, impactant sa communication et sa qualité de travail en équipe.*
À travers l’élaboration de son génosociogramme — représentation graphique de son arbre familial — elle découvre un épisode marquant : l’abandon de son arrière-grand-mère sur injonction d’un ancêtre autoritaire. Ce traumatisme transgénérationnel expliquait, en partie, son hypersensibilité aux figures de pouvoir.
Ce travail lui a permis de prendre du recul, de rétablir une relation plus apaisée avec la hiérarchie et de développer une posture professionnelle plus sereine et affirmée. Marie, ils sont nombreux à s’intéresser à leurs racines. Selon le sondage OpinionWay de mars 2015, la généalogie est très populaire en France et intéresse 9 français sur 10. L’objectif est de se plonger dans l’histoire familiale pour se relier à ceux qui nous ont précédés. « Cela permet de digérer ce que nos aïeux n’ont pas pu faire eux-mêmes et de retrouver du libre arbitre », selon Florence Deguen, ancienne journaliste au Parisien, spécialiste des enquêtes sur la famille, devenue psychogénéalogue. Ce processus nécessite du temps pour mener une vraie investigation afin de se libérer de ce qu’on porte en soi sans trop savoir pourquoi.
Depuis 2007, les départements français ont mis en ligne leurs archives. De plus, pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, toutes les fiches matricules ont été publiées dans les archives militaires : une aubaine pour le public qui n’a plus besoin de fouiller dans la poussière et qui trouve tout sur le net. Marie confirme que ses recherches ont été faciles, comme si elle était guidée.

3/Psychogénéalogie et évolution de carrière
Dans les accompagnements en coaching professionnel, certains schémas récurrents apparaissent :
- Blocage dans l’accès à la promotion : loyauté inconsciente envers un ancêtre ayant connu une chute sociale, un licenciement brutal ou un déclassement.
- Difficulté à entreprendre : héritage familial marqué par la faillite, l’échec économique ou la précarité.
- Instabilité professionnelle : répétition de ruptures familiales ou d’exils forcés.
- Conflits relationnels : mémoire transmise de trahisons, conflits ou injustices vécues par les générations précédentes.
Après de nombreuses recherches Ivan a découvert que son arrière arrière-grand-père a connu une chute sociale importante. Il a perdu aux jeux sa maison, ses terres et son emploi ; et était devenu la risée du village l’obligeant à s’exiler. C’est ce qu’on appelle une loyauté invisible vis-à-vis de son aïeul qui conduisait Ivan à avoir une attitude entrainant blocage d’accès à une promotion et répétitions de ruptures professionnelles.

À voir: Reportage émission France 2 « Nos mémoires secrètes ».
Voyage en psychogénéalogie – émission Infrarouge – Juin 2014 – Production Cineteve & France 2
Interview d’Anne Ancelin et 4 témoignages de parcours en psychogénéalogie.
Il faut compter trois ans de formation pour devenir psychogénéalogue, et plusieurs écoles permettent d’y accéder. Les plus connues sont l’École de psychologues praticiens, Le Jardin d’idées et Généapsy en Île-de-France. Fondatrice de Généapsy, Simone Cordiera créé, un cursus en généalogie à l’université de Nîmes intégrant un enseignement en psychogénéalogie.
4/Une approche complémentaire au coaching et au développement personnel
La psychogénéalogie ne se substitue pas aux démarches classiques d’accompagnement (coaching, psychothérapie, bilan de compétences), mais les complète efficacement, notamment lorsque les difficultés persistent malgré un travail approfondi sur le présent.
Elle s’adresse particulièrement :
- Aux cadres et dirigeants confrontés à des blocages décisionnels.
- Aux managers rencontrant des difficultés relationnelles durables.
- Aux collaborateurs en perte de sens ou en situation de burn-out latent.
- Aux professionnels en reconversion ou en transition de carrière.
L’accompagnement repose sur une démarche structurée : analyse de l’arbre familial, identification des répétitions, exploration des dates clés, mise en perspective des événements de vie et intégration de nouveaux schémas comportementaux.
5/Des recherches en modes « enquête » avec des outils concrets
Comme Marie, ils sont nombreux à s’intéresser à leurs racines. Selon le sondage OpinionWay de mars 2015, la généalogie est très populaire en France et intéresse 9 français sur 10. L’objectif est de se plonger dans l’histoire familiale pour se relier à ceux qui nous ont précédés. « Cela permet de digérer ce que nos aïeux n’ont pas pu faire eux-mêmes et de retrouver du libre arbitre », selon Florence Deguen, ancienne journaliste au Parisien, spécialiste des enquêtes sur la famille, devenue psychogénéalogue. Ce processus nécessite du temps pour mener une vraie investigation afin de se libérer de ce qu’on porte en soi sans trop savoir pourquoi.
Depuis 2007, les départements français ont mis en ligne leurs archives. De plus, pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, toutes les fiches matricules ont été publiées dans les archives militaires : une aubaine pour le public qui n’a plus besoin de fouiller dans la poussière et qui trouve tout sur le net. Marie confirme que ses recherches ont été faciles, comme si elle était guidée.
Il faut être prêt à le faire car la peur, comme celle d’ouvrir une boîte de Pandore, est présente quand on entame cette psychanalyse. L’accompagnement du psychogénéalogue est primordial, car il aura le recul nécessaire pour soulever les anomalies dans les récits d’enfance et aller voir ce qu’il y a dans « l’angle mort du rétroviseur de la famille », pour reprendre les mots de Florence Deguen. D’où l’importance de vérifier les informations, de recouper les faits et les dates, car les légendes sont nombreuses.
Les praticiens utilisent différents leviers :
- construction du génosociogramme,
- travail symbolique,
- analyse des cycles de répétition,
- visualisations,
- rituels de clôture pour libérer les charges émotionnelles héritées.
Ces outils favorisent la prise de conscience, la compréhension des mécanismes inconscients et l’adoption de nouvelles postures professionnelles.

Pour s’engager dans une psychogénéalogie, Il faut compter une dizaine de séances, à raison d’une fois par mois, au prix de 60 à 80 euros l’heure.
6/De 1980 à nos jours
La psychogénéalogie est apparue en 1980 en France. Sa fondatrice est Anne Ancelin Schützenberger. Psychologue et chercheuse mondialement connue (diplôme de l’institut Moreno à New York), elle a démontré l’influence que pouvaient avoir les secrets de famille sur nos vies. Dans son livre paru en 1988 et devenu best-seller Aïe, mes aïeux ! Elle utilise l’image d’une « patate chaude » pour illustrer le lourd traumatisme que certaines générations délèguent à la génération suivante. Elle précise que chaque lignée connaît, au moins, un événement traumatisant. Il en découle des secrets, des deuils non faits et des tragédies non verbalisées, d’après Isabelle Nail-Arrouy psychologue à Dax, autrice d’ouvrages sur le sujet**, qui a accompagné durant quinze ans ses patients dans l’exploration de leur arbre généalogique. « Une collaboration se développe avec les psychologues et les ostéopathes qui nous adressent des patients, confie-t-elle. C’est un travail de deuxième intention pour des personnes qui ont déjà fait une thérapie, un travail sur soi, et ont balayé le présent. » « Quelque chose de l’ordre du ”c’est plus fort que moi ” persiste, et il n’y a rien de plus fort que le système de famille » assure Florence Deguen. Il faut compter trois ans de formation pour devenir psychogénéalogue, et plusieurs écoles permettent d’y accéder. Les plus connues sont l’École de psychologues praticiens, Le Jardin d’idées et Généapsy en Île-de-France. Fondatrice de Généapsy, Simone Cordier vient de créer, en février dernier, un cursus en généalogie à l’université de Nîmes intégrant un enseignement en psychogénéalogie.

7/Un levier puissant de transformation individuelle et collective
De nombreux bénéficiaires témoignent d’un apaisement durable, d’une meilleure confiance en eux, d’une amélioration de leurs relations professionnelles et d’une capacité retrouvée à prendre leur place dans l’entreprise.
En favorisant la compréhension de ses propres mécanismes internes, la psychogénéalogie contribue indirectement à la performance collective, à la qualité du climat social et à la prévention des risques psychosociaux.
🌟 En conclusion: réconcilier héritage et performance
Explorer son histoire familiale ne signifie pas s’y enfermer, mais au contraire s’en libérer. En mettant en lumière les héritages invisibles qui influencent nos choix, la psychogénéalogie offre un levier puissant pour renforcer l’autonomie, la responsabilité et l’épanouissement professionnel.
Dans un monde du travail en pleine mutation, cette approche invite à conjuguer performance et sens, efficacité et humanité, ambition et alignement personnel.
* Mélange de méditation et de relaxation par le toucher sur des parties du corps.
** Livres d’Isabelle Nail-Arrouy :
Le Premier des fils, aux éditions Petra, 2016
Deux cœurs : les révélations de l’arbre, aux éditions Petra, 2018
Se connaître par la psychogénéalogie aux éditions Dervy, 2014


