L’Alcool au féminin: un enjeux encore tabou au travail

Longtemps cantonnée à la sphère privée, la question de l’alcoolisme féminin concerne aujourd’hui pleinement l’entreprise. Si la consommation d’alcool a longtemps été perçue comme un sujet relevant de la vie personnelle, les évolutions sociétales, les nouvelles formes de socialisation professionnelle et la montée des enjeux de santé mentale au travail rendent ce phénomène impossible à ignorer.

Selon Santé publique France, près d’une femme sur quatre consomme de l’alcool au moins une fois par semaine. Les spécialistes de l’addictologie alertent : l’usage à risque concerne particulièrement les femmes actives, diplômées, occupant des fonctions à responsabilité. Loin des clichés, l’alcoolisme féminin ne touche pas uniquement des situations de précarité, mais aussi — et parfois surtout — des environnements professionnels exigeants et performants.

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1/Des profils insoupçonnés dans l’entreprise

Contrairement aux idées reçues, les femmes les plus exposées ne sont pas les plus fragiles économiquement. Les études montrent que 12 % des femmes cadres présentent un usage à risque de l’alcool, un taux supérieur à celui observé chez d’autres catégories socioprofessionnelles.

Sophie, 45 ans, directrice de projet dans un grand groupe, incarne ce profil invisible. Performante, reconnue pour son professionnalisme, elle enchaîne les réunions, les déplacements et les deadlines serrées. Les verres partagés lors des déjeuners d’affaires, les afterworks d’équipe et les cocktails clients sont devenus une norme. Progressivement, ce qui relevait d’un moment convivial s’est transformé en un mécanisme de décompression systématique.

« Au départ, c’était un verre pour souffler après une journée intense. Puis deux. Puis seule, le soir, pour calmer la pression », confie-t-elle aujourd’hui.

2/Quand la consommation impacte la performance et les relations professionnelles

Les effets de l’alcool sur la vie professionnelle sont souvent progressifs et difficiles à identifier. Retards répétés, baisse de concentration, irritabilité, fatigue chronique, difficultés à prendre des décisions ou à gérer ses émotions : autant de signaux faibles qui peuvent être interprétés à tort comme du stress ou du surmenage.

Claire, 29 ans, consultante, participe régulièrement à des afterworks avec ses collègues. Elle reconnaît aujourd’hui avoir franchi une limite :
« Il m’est arrivé de ne plus me souvenir de certaines discussions avec des clients ou des collègues. Le lendemain, je redoutais d’ouvrir ma messagerie par peur d’avoir dit ou écrit quelque chose d’inapproprié. »

Ces situations peuvent fragiliser la crédibilité professionnelle, détériorer les relations d’équipe et générer un sentiment profond de honte et de perte de contrôle.

3/Un tabou renforcé chez les femmes

L’alcoolisme féminin reste fortement stigmatisé. Dans l’imaginaire collectif, une femme qui boit trop est encore associée à des jugements moraux : mauvaise mère, manque de maîtrise, faiblesse personnelle. Cette pression sociale conduit de nombreuses femmes à dissimuler leur consommation, à surinvestir leur image professionnelle (maquillage, contrôle excessif, perfectionnisme) et à retarder la demande d’aide.

Dans le monde du travail, cette dissimulation est facilitée par une culture de la performance et de l’endurance, où demander de l’aide est parfois perçu comme un aveu de faiblesse.

4/Des causes multiples, souvent liées au travail

Les experts en addictologie rappellent que l’alcoolisme est une maladie multifactorielle. Des facteurs génétiques existent, mais les facteurs psychologiques, émotionnels et environnementaux jouent un rôle central.

La charge mentale, la pression des objectifs, les injonctions à la performance, la difficulté à concilier vie professionnelle et vie personnelle, ainsi que l’exposition à des environnements professionnels où l’alcool est banalisé (événementiel, commerce, finance, conseil) constituent des facteurs de risque majeurs.

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L’alcool agit alors comme un anxiolytique de circonstance : il apaise temporairement le stress, favorise la désinhibition et donne l’illusion d’un mieux-être immédiat, au prix de conséquences durables.

5/Le rôle clé de l’entreprise et des managers

L’entreprise n’est pas responsable de l’addiction, mais elle peut jouer un rôle déterminant dans la prévention et l’accompagnement. Repérer les signaux faibles, former les managers à aborder ces sujets avec bienveillance, limiter la place de l’alcool dans les événements professionnels et intégrer les addictions dans les politiques de qualité de vie au travail sont des leviers essentiels.

Aider une collaboratrice en difficulté ne signifie pas « faire à sa place », mais l’encourager à engager une démarche personnelle, en lui rappelant les dispositifs existants : médecine du travail, services RH, cellules d’écoute, associations spécialisées.

généré par IA/ Manager et son employé

6/Sortir du silence

La prise de conscience est souvent déclenchée par un événement marquant : un incident en réunion, un avertissement, un problème de santé ou une confrontation avec un proche. Pourtant, plus l’accompagnement est précoce, plus les chances de rétablissement sont élevées.

LE spécialiste de l’addictologie en France, c’est le Professeur Karila. Professeur d’addictologie et de psychiatrie à l’Université Paris-Saclay,il est également Auteur de nombreux livres sur le sujet comme  Tous addicts, et après ? avec William Lowenstein,  Addictions : Dites-Leur Adieu,  et  L’Alcoolisme au féminin.

très belle émission à voir, c’est ce soir, france tv

Sur le plan physique

L’alcool abîme la plupart des organes et tissu car il est véhiculé dans le sang.  

Le déclic arrive parfois lors de débuts de complication au niveau de la santé physique qui vont faire prendre conscience au patient de la gravité de la situation. Les femmes sont plus vulnérables que les hommes. À même âge, même poids, même quantité d’alcool absorbée, leur alcoolémie sera plus élevée que celle des hommes. Il y a moins de masse musculaire, et plus de masse adipeuse moins bien vascularisée chez la femme. L’absorption de l’alcool est donc ralentie et ses effets diminuent plus lentement. Le volume de distribution étant moindre, l’alcool restera concentré plus longtemps dans le sang et les tissus que chez l’homme.

Contrairement aux hommes qui boivent souvent pour des raisons sociales, les femmes consomment la plupart du temps pour faire face à des sentiments, des émotions négatives et des problèmes, ou pour accroître leur confiance. Alors que pour les hommes, l’addiction alcoolique est le plus souvent primaire et peut se transformer en dépression, les femmes, elles, utilisent fréquemment l’alcool comme un pansement émotionnel, un anti déprime un tranquillisant ou.

Pour vous aider:

Il existe plusieurs associations, centres d’addictologie, et groupe Facebook sur les réseaux sociaux. (*liste non exhaustive)

Alcoolique anonyme
Association bénévole, ou les participants se réunissent dans le but de devenir abstinents et de le rester. L’accès aux réunions est totalement libre. Il suffit de « pousser la porte ». Aucune information personnelle n’est demandée. Permanence 09 69 39 40 20 (numéro non surtaxé) 24 h/24.

Stop Alcool

L’association propose des groupes d’entraide et permanences, à Bagneux ,au Kremlin- Bicêtre et à Villejuif-Ville,  avec des permanences mensuelles dans 3 Hôpitaux de la région parisienne (Béclère, Paul Brousse et Bicêtre) et dans le service addictologie de l’hôpital Cochin à Paris 14 . Des réunions « zoom » permettent de garder le lien avec des malades en province. Contacts : 06 83 10 97 66 / 06 19 49 95 23 – contact@stopalcool.net – 

Croix bleue

Environ 2 000 réunions sont tenues chaque année, dont 1 000 réunions festives. L’accompagnement se fait en présentiel, mais aussi par téléphone, en visites à domicile, et à l’hôpital. Elle dispose de 50 sections réparties en France, d’un camping sans alcool en Ardèche, d’un journal trimestriel « Le Libérateur », et d’un centre de Postcure.

interview émission ma vérité – le livre à écrire de Laurence Cottet

Laurence Cottet est la Présidente de l’association française Janvier Sobre, à l’initiative du « Mois sans alcool » en France, équivalent du « Dry January » en Angleterre, et de la page publique Mois Sobre sur Facebook. « 

Je vous laisse avec  LE TÉMOIGNAGE  le plus poignant que je vous invite à regarder absolument !

Laurence a 33 ans lorsque son mari décède d’un cancer. Pour combler le vide laissé par son grand amour, la jeune veuve noie son chagrin dans l’alcool tout en poursuivant son activité de cadre supérieur. Malgré ses responsabilités, Laurence boit à outrance et à n’importe quelle occasion ; pendant les déjeuners d’affaires, dans l’avion, au minibar de l’hôtel, elle s’alcoolise… Convaincue que sa dépendance passe inaperçue. Le 23 janvier 2009 à 19h, Laurence assiste à une cérémonie de vœux organisée par la société qui l’emploie. Ce soir-là, elle s’écroule littéralement face à 650 hauts cadres de l’entreprise, dont son directeur général. Le lendemain, la vie de Laurence s’écroule. Après un ultime déclic, elle décide d’arrêter de boire. L’abstinence, pour elle et ceux qui souffrent de la même maladie, devient son nouveau combat avec « l’Association H3D ».

🌟conclusion

Parler de l’alcoolisme féminin en entreprise, c’est contribuer à briser un tabou, à protéger les talents et à promouvoir une culture du travail plus humaine et responsable.

Car si l’alcoolisme n’est pas un choix, le rétablissement commence toujours par un premier pas : celui d’oser en parler.

il faut dire que toutes les associations d’entraide ne sont pas des « thérapeutes » mais un complément à la thérapie pure. Être attentif à quelqu’un qui souffre, ce n’est pas « faire à sa place », mais l’aider à trouver lui-même son propre chemin en comptant sur le soutien du groupe. Ces associations ne promettent pas de résoudre tous les problèmes, mais tenterons d’apprendre à vivre sans alcool « une journée à la fois » . Une fois libérés de l’alcool, la vie devient beaucoup plus facile. Vous n’êtes pas responsable de votre maladie, mais vous l’êtes de votre rétablissement!

San@