Confinement ou cocooning : quand le repli devient réflexion

Entre introspection, équilibre et redécouverte de l’essentiel, le cocooning s’impose comme une nouvelle manière d’habiter le monde. Né d’une tendance marketing, il révèle aujourd’hui une profonde transformation sociale et psychologique, accélérée par les confinements successifs.


1/Un concept ancien remis au goût du jour

Inventé en 1987 par la futurologue américaine Faith Popcorn, le terme cocooning désignait initialement une attitude consistant à se sentir si bien chez soi qu’on n’éprouve plus le besoin d’en sortir, sauf par nécessité.
À l’époque, cette tendance “casanière” faisait sourire.
Mais la crise sanitaire mondiale a profondément réactualisé ce mode de vie.
En quelques semaines, chacun a été confronté à son espace intérieur, à ses habitudes, et à son rapport au temps.

Au Danemark, pays régulièrement classé parmi les plus heureux du monde, le Hygge – l’art de vivre simple, chaleureux et réconfortant – incarne une philosophie voisine : celle d’un bien-être enraciné dans le quotidien et les petits plaisirs essentiels.

« Un peu de narcissisme, de l’égocentrisme, une dose d’indulgence envers soi-même, avec un éloge de la lenteur…. Voilà les ingrédients du cocooning . »

2/Un ralentissement salutaire

Si le confinement a bouleversé nos repères, il a également offert l’occasion de ralentir et de repenser nos priorités.

« Le cocooning nous oblige à redéfinir ce qui compte vraiment : le temps, la qualité des liens et l’attention portée à soi », souligne un coach en développement personnel.

🕰️ Redécouvrir le temps

La vie confinée a réintroduit la notion de lenteur : redonner du sens aux gestes simples, cuisiner, lire, se promener, partager un café sur son balcon. Autant de moments suspendus qui réhabilitent l’authenticité face à la frénésie du quotidien.

🎨 Créer, apprendre, s’exprimer

Beaucoup ont profité de cette période pour renouer avec la créativité : apprentissage d’une langue, formation en ligne, pratique artistique… Loin d’un repli, c’est souvent un mouvement d’exploration intérieure qui s’est enclenché.

💭 Se recentrer sur soi

La réduction du bruit extérieur a ouvert un espace d’introspection. Méditation, journal personnel ou simple silence sont devenus des alliés précieux pour maintenir l’équilibre émotionnel et spirituel.

3/Les revers d’un repli prolongé

Mais si le cocooning peut être libérateur, il comporte aussi ses limites lorsqu’il se transforme en isolement subi.

⚠️ L’incertitude et la peur

L’omniprésence d’informations anxiogènes, l’absence de perspectives claires et la crainte économique ont alimenté un climat de tension. Le besoin de contrôle, parfois exacerbé, s’est heurté à la réalité d’un avenir incertain.

🏙️ Des inégalités amplifiées

Le confinement a mis en lumière des disparités : entre ville et campagne, entre logements spacieux et habitat précaire, entre familles et personnes seules. Le bien-être domestique n’est pas accessible à tous de la même manière.

💻 La surconnexion

Explosion des visios, des tutoriels et des webinaires : si le numérique a maintenu le lien, il a aussi généré une fatigue digitale et une illusion d’hyperactivité, parfois éloignée du véritable ressourcement.

💔 Le manque de contact humain

Selon une étude BVA (2019), 76 % des Français déclarent éprouver un sentiment de solitude. Privés de contacts physiques, beaucoup ont redécouvert combien le lien social est une composante essentielle de la santé psychologique.


4/ Dix clés pour un cocooning épanouissant

S’écouter et respecter ses besoins.
Prendre soin de soi, c’est écouter les signaux du corps et du mental. Bain chaud, méditation, repos : autant de gestes simples pour renforcer son équilibre.

Structurer ses journées.
Fixer un rythme régulier favorise la stabilité émotionnelle et limite la dérive entre vie privée et vie professionnelle.

Préserver le lien social.
Appels, messages, échanges informels : maintenir la connexion, c’est nourrir la résilience collective.

Aménager son espace.
Organiser son domicile en zones de travail, de détente et de loisirs aide à séparer les temps et à préserver la concentration.

Exprimer ses émotions.
L’écriture est un outil de clarté. Tenir un journal, rédiger ses pensées, c’est mettre de l’ordre dans l’incertitude.

Alléger son environnement.
Trier, ranger, désencombrer : libérer l’espace matériel, c’est aussi apaiser l’esprit.

Déconnecter.
Limiter la consommation d’informations anxiogènes et s’accorder des temps sans écrans permet de retrouver le calme intérieur.

Se former.
Apprendre une nouvelle compétence, suivre un cours en ligne ou développer un projet personnel renforce le sentiment d’accomplissement.

Bouger.
Activité physique régulière, même douce, pour maintenir énergie et moral.

Agir avec bienveillance.
Un geste solidaire, aussi modeste soit-il, nourrit la cohésion et le sentiment d’utilité.

5/L’avis de l’expert

« Le principal danger du confinement reste l’isolement social », rappelle Jean Doridot, docteur en psychologie et auteur du livre Le bonheur est une science exacte (Larousse).

Selon lui, cette période a généré un besoin croissant d’accompagnement psychologique, notamment chez les jeunes adultes et les femmes.
Le confinement agit comme un choc collectif, comparable à un processus de deuil, avec ses étapes : choc, déni, colère, tristesse, puis acceptation.

Pour préserver l’équilibre émotionnel, le psychologue recommande :

  • de maintenir une connexion sociale active,
  • de pratiquer une activité physique quotidienne,
  • d’entretenir la pleine conscience par la méditation,
  • et de favoriser les activités créatives, véritables sources d’apaisement.

« La clé du bonheur, c’est la qualité des liens que nous entretenons. Le confinement nous rappelle à quel point ce besoin est vital », souligne-t-il.




« Un accroissement de la solitude qui préexistait déjà. »


En effet, 3/4 des Français déclarent qu’il leur arrive de se sentir seuls (76%) selon une étude de l’Institut BVA en décembre 2019.Tous se fait à distance donc maintenant : communication par téléphone, messages, vidéo, Facetime, Zoom et Cie … le sentiment d’isolement est amplifié.


« Repensez votre chez vous en zones de travail, de repos, et de jeu. Cela peut vous aider à équilibrer votre humeur et à accomplir davantage.« 


L’avis de l’Expert :

« Une augmentation des besoins de prise en charge psychologique, avec pour principal danger l’isolement social et des risques de stress post-traumatiques où les femmes et les jeunes (18 à 30 ans) seraient les plus touchés.« 


Le psychologue Jean Doridot confirme qu’il y a bien une augmentation des besoins. Il reçoit beaucoup de messages mais pour autant le public n’ose pas faire la démarche car il n’a pas l’habitude de ces techniques à distance. Il y a pourtant une tribune de plus de 200 psychiatres dans le Parisien qui alarment en disant qu’ils ne voient plus leurs patients. Depuis le confinement, il y a une espèce de sidération accompagnée de 3 réactions : la peur, la fuite et l’attaque. La sidération c’est le choc psychologique donc ils n’osent sortir.

Les principaux dangers du confinement : c’est l’isolement social. Un article dans la revue The Lancet met en évidence l’augmentation des troubles anxieux et stress post-traumatique suite au confinement.  Il est vécu comme un trauma similaire aux événements traumatiques de type victimes d’attentats, de guerres ou de catastrophes naturelles (tremblement de terre, inondations).

Les répercussions sur les émotions sont importantes. À la question : Les gens n’ont-ils pas quelque part peur de se retrouver face à eux-mêmes ? Il répond :Il y a des personnes qui s’anesthésie, qui sortent beaucoup, voit du monde justement pour éviter de se retrouver seules. Mais il ne faut pas oublier que la clé N°1 du bonheur c’est d’avoir une qualité de connexion au niveau des relations sociales ! C’est pour ça que le confinement est dur. C’est un besoin primaire dont l’homme est coupé et qui est vital. « Si tu veux survivre, tu dois t’associer ! » Ce qui explique l’explosion des apéros vidéo sur WhatsApp.


Le confinement a été une expérience inouïe pour la première fois de toute l’histoire de l’humanité. Toutes les générations ont eu leur lot d’épreuves et là il s’agit de « notre épreuve ». Il faut bien sur réussir à en tirer du positif, sachant que chacun fait de son mieux.


Jean Doridot est docteur en psychologie. Auteur et conférencier, il enseigne la psychologie à l’université, pratique l’hypnose en cabinet, et intervient régulièrement dans les médias. Il est à l’origine de l’application de méditation Zenfie, qui compte près d’un million d’utilisateur et a lancé des ateliers d’hypnose live spécial confinement.

🌟 En conclusion : Vers un nouvel art de vivre

Le cocooning ne se résume plus à un simple confort domestique. Il symbolise désormais une transition sociétale : une aspiration à plus d’équilibre, d’authenticité et de sens.
Cette expérience collective a révélé la nécessité de concilier performance et bien-être, productivité et humanité.
Apprendre à habiter autrement, c’est peut-être cela, le véritable défi de demain.

Prenez soin de vous,
@San